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Entretien. Postiers du 92 et grévistes, Gaël Quirante, Brahim Ibrahimi, Dalila Ben Farhat et Mohamed Ziani, tous représentants de SUD Activités postales 92, ont passé 10 heures en garde à vue à la Sûreté territoriale mercredi 21 mai. À quasiment 4 mois de grève, Gaël et Brahim expliquent la situation de leur lutte.
Quatre, parmi vous, ont été mis en garde à vue mercredi 21 mai. Pourquoi ?
Gaël  : Au départ, nous étions cinq, convoqués pour « affaire vous concernant ». Dès notre entrée dans le commissariat, on nous a annoncé que l’un d’entre nous serait entendu en tant que témoin, et que les quatre autres étaient mis en garde à vue. On nous a interrogés les uns après les autres. Ils nous ont posé toutes sortes de questions sur ce qui s’était passé les 13 et 20 février derniers : avec l’ensemble des grévistes du 92, nous étions entrés à deux reprises dans le siège de La Poste. Ils ont essayé de nous faire dire que nous aurions été violents avec les vigiles et que nous aurions dégradé du matériel… Ils n’ont pas hésité à faire de faux arrêts maladies et interruptions temporaires de travail pour donner du crédit à leurs accusations fantaisistes.
En réalité, La Poste n’a pas supporté que des postiers de plusieurs établissements se fédèrent et viennent faire entendre leur voix, particulièrement le 20 février : c’était le jour du conseil d’administration du groupe La Poste, où le PDG Philippe Wahl s’enorgueillissait de pouvoir annoncer 627 millions de bénéfices. Alors vous imaginez bien que voir débouler dans leur siège social, le jour de la grand’messe, une centaine de grévistes qui dénoncent les subventions publiques qui accompagnent les contrats précaires…
La Poste a touché 293 millions d’euros en 2013 au titre du « Crédit d’impôt compétitivité emploi », et elle continue pourtant à supprimer des emplois par milliers. Dénoncer cette injustice, c’est toucher du doigt une source de profits énormes, et c’est remettre en cause la politique du gouvernement actuel, lui-même patron de La Poste : des milliards pour le patronat, sans aucune contrepartie derrière.
Quelle importance accordez-vous au soutien qui s’est exprimé lors de la garde à vue ?
Brahim  : Voir 350 personnes se rassembler devant la Sûreté territoriale à deux reprises, au moment de notre entrée dans le commissariat et à notre sortie, honnêtement ça a fait chaud au cœur. Et ça a compté pour qu’on soit libérés dès le soir : quand tout le monde s’est mis à crier « libérez nos camarades ! », on l’entendait à travers les murs du commissariat et je peux vous dire que les policiers faisaient la tronche ! À la fin, ils en avaient marre et ils regardaient tous leur montre !
C’était très important qu’une réaction ait lieu : se retrouver 10 heures en garde à vue uniquement pour avoir fait grève, c’est grave. Cela aurait été impensable il y a quelques années. À chaque grève, la répression va plus loin : 3 procédures de licenciements contre les représentants départementaux et procès pour prétendue « séquestration » en 2010, 11 procédures de licenciements contre des représentants départementaux et locaux du 92 mais aussi de Paris cette année, avec garde à vue à la clé… et la prochaine fois, qu’est-ce qu’il va se passer ? Au final en demandant à la police de nous mettre en garde à vue, La Poste a provoqué un soutien bien plus large autour des postiers du 92 que ce qui s’était exprimé jusqu’à présent. On est même passé dans toute une série de médias nationaux qui, jusqu’ici, n’avaient pas parlé de nous, même après plus de 100 jours de grève...
Où en est la grève ? Pensez-vous qu’il est possible de gagner ?
Gaël : Après 117 jours, la grève est toujours majoritaire à Rueil-Malmaison, La Garenne-Colombes/Bois-

Colombes, et Gennevilliers et le taux de grève est de 30 % à Courbevoie, et de 25 % à Asnières. Cela représente entre 90 et 100 grévistes en reconductible, avec des pointes à plus 200 grévistes sur le 92 lors des journées avec des préavis nationaux comme mercredi 21 mai dernier.
Concernant les revendications, il ne nous reste au final plus que deux points sur laquelle la direction doit encore céder. Nous avons obtenu le report de plus d’un an des restructurations visant Courbevoie et Rueil. Pour mémoire, Rueil est le seul centre postal du pays à n’avoir pas subi de suppressions de tournées depuis 15 ans et a conservé un régime de travail plus favorable que dans la plupart des centres postaux (un samedi sur deux de repos) suite à plusieurs conflits reconductibles (en 2006, 2007 et 2009). Les facteurs remplaçants à Courbevoie ont obtenu leur « sectorisation », c’est-à-dire une limitation du nombre de tournées qu’ils peuvent être amenés à effectuer au lieu de « rouler » sur l’ensemble du bureau. La Garenne-Colombes ne subira plus 2 mais seulement une suppression de tournée. Deux des quatres précaires qui avaient été virés ont été embauchés en CDI, la troisième a trouvé un travail dans une autre entreprise, et Sandrine, la quatrième collègue, a obtenu l’engagement qu’elle serait embauchée en CDI si elle obtient son permis d’ici début 2015.
Là où les négociations bloquent, c’est qu’on demande tout simplement qu’en attendant d’avoir son permis (et son CDI !), Sandrine puisse avoir un CDD qui lui permette de gagner un salaire au lieu de rester au chômage. Et les facteurs de Gennevilliers, en grève depuis le 11 février, qui acceptent deux suppressions de tournées, demandent simplement que le nombre de cases sur leur casier de tri n’augmente pas… Autant dire que ça ne coûterait pas grand chose à La Poste ! La prolongation de la grève lui coûte même plus cher que ça !
Mais elle a prévu de faire passer de lundi 26 mai au mardi 3 juin plusieurs d’entre nous en commission disciplinaire : comme avec la garde à vue, elle espère que cela fera pression sur nous pour abandonner nos revendications. Mais au lendemain des gardes à vue, nous étions toujours autant en grève, et dès le lendemain matin, nous étions en déplacement auprès des facteurs de Paris 15, qui se sont, eux et elles aussi, mis en grève contre une restructuration qui supprime des tournées et dégrade leur régime de travail. Au lieu de nous faire rentrer dans le rang, nous continuons à chercher à tisser des liens avec d’autres postiers et avec d’autres secteurs en lutte. Pour gagner, il faut tout d’abord tenir et continuer à tisser des liens avec d’autres. Et le soutien qui continuera à s’exprimer autour de nous contribuera à faire céder La Poste.
 Propos recueillis par Robert Pelletier
Pour aider les grévistes, donnez à la caisse de grève en envoyant vos chèques à SUD Poste 92, 51 rue Jean Bonal 92250 La Garenne-Colombes, chèques à l’ordre de SUD Poste 92, mention « solidarité grévistes » au dos
Facebook : Sudposte Hauts de seine
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